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Coronavirus chinois : d’où nous vient cette psychose ?

By 31 janvier 2020 mars 2nd, 2020 No Comments

Comment expliquer la différence entre la dangerosité réelle du nouveau « virus chinois » et la terreur qu’il inspire ?

132 morts. 6000 cas à tout casser.  À une poignée d’exceptions près, tous dans une même ville : Wuhan, au centre de la Chine, 12 millions d’habitants, soit 2 millions de plus que l’ensemble de l’agglomération parisienne. Pris froidement, les chiffres sont à comparer avec d’autres : en Chine, selon l’OMS, plus de 260 000 personnes meurent chaque année sur les routes. Depuis novembre dernier, 22 personnes sont décédées en France de la grippe saisonnière. En France également, 5 personnes sont, à date, atteintes du coronavirus chinois : 4 touristes originaires de Wuhan, déjà en rémission, ainsi qu’un médecin.

 

Pour ces 6000 cas, la ville de Wuhan et ses 12 millions d’habitants est confinée, coupée du monde. La France, les Etats-Unis et d’autres puissances, ont affrété des vols pour évacuer leurs ressortissants, qui vivront une quarantaine de plusieurs semaines à leur arrivée en France.

Il n’est pas rare qu’on voie à Paris des masques chirurgicaux, depuis quelques jours. Ce qui semblait absolument incongru la semaine passée. D’ailleurs, dans certains endroits du monde, le prix de ces masques s’envole. Plusieurs aéroports européens et américains se sont dotés de très onéreuses caméras thermiques censées repérer les passagers fiévreux, et qu’un seul Doliprane peut duper. Plus grave, Le Monde note un pic d’agressions racistes envers les personnes d’origine asiatique en France. 

Au vu des chiffres, l’emballement médiatique (des centaines de milliers d’articles, des centaines d’heures d’antenne) semble loin d’être rationnel. Corrélation de cette surface médiatique hors-normes, la psychose engendrée par ce virus a peu de rapports avec sa dangerosité réelle, qu’il ne faut pour autant pas sous-estimer. Comment l’expliquer ? D’où nous vient cette terreur, dès qu’un nouveau virus, même bénin, apparaît ? 

La pandémie dans notre imaginaire

Avant les derniers développements de la médecine et de l’hygiène moderne, de grandes épidémies frappaient régulièrement des régions et des pays entiers. La peste noire, par exemple, qui a décimé l’Europe (en 5 ans, 1347-1352, elle aurait perdu près de 50% de sa population* !), mais aussi l’Asie, le Maghreb et le Moyen Orient. Cette pandémie, qui n’est pas unique en son genre, a laissé une trace mentale que l’on peut encore mesurer aujourd’hui, à travers des expressions qui nous sont restées : “être une peste”, “choisir entre la peste et le choléra”, ou encore “le corbillard”, qui désignait ces bateaux chargés de transporter le pain des moulins de Corbeil jusqu’au centre de Paris tous les jours, et qui, pendant les pires heures de l’épidémie, ne charriaient plus que des cadavres.

Des œuvres littéraires majeures sont consacrées aux épidémies, comme le Hussard sur le toit de Giono, qui a pour cadre un pays provençal ravagé par le choléra, délité par un mal qui vient de l’eau. La Peste, de Camus, inspiré d’une petite poussée de peste bubonique à Alger et Oran en 1944 et 1945, est un autre exemple des dégâts de ce type de virus, mais surtout, des métaphores profondes qu’il inspire. La peste de Camus est une analogie du totalitarisme nazi, d’où encore une autre expression tirée d’une grande pandémie : la peste brune.

Tous ces livres proposent les mêmes conséquences à la maladie. La société est délitée, les lois impuissantes, la nature de l’homme est alors révélée par les circonstances, et seuls le courage et l’espérance sont des pistes de salut. 

Etrangement, la dernière pandémie globale à avoir atteint le monde occidental, la “grippe espagnole”, qui a fait 50 à 100 millions de victimes, pèse moins dans notre panthéon littéraire. Pourtant, il s’agit de la dernière grande vague de décès liés à un virus, en occident. Le VIH ou Ebola, en Afrique sub-saharienne, montrent l’injustice de l’inégalité de l’accès aux soins. Reste que pendant des siècles, peut-être des millénaires, nous étions impuissants devant les grandes maladies. 

C’est de cette impuissance que vient la psychose, d’une époque pas si lointaine où les humains étaient démunis devant les grandes épidémies, et ne pouvaient s’en remettre qu’au divin (la fameuse punition divine, seule explication des époques dénuées de science moderne). Pourtant, à O Petits Soins, nous sommes bien placés pour savoir qu’une hygiène irréprochable, qui commence par se laver les mains plusieurs fois par jours, est un premier barrage efficace contre le coronavirus, comme contre toutes les grippes. 

 

Pour en savoir plus, et se tenir informé de l’avancée de ce virus : https://www.vidal.fr/actualites/24245/coronavirus_2019_ncov_le_point_sur_la_situation_en_france_et_dans_le_monde/

* In Jean-Noël Biraben, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, t. I : La peste dans l’histoire, Paris – La Haye, Mouton, 1975